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Abbaye de Pontigny



L'abbaye de Pontigny est un ancien monastère de l'ordre cistercien. Fondée en 1114, au nord de la Bourgogne, aujourd'hui sur la commune de Pontigny, dans le département de l'Yonne (France), elle est la seconde des "quatre premières filles" de Cîteaux.
Sa célébrité est due à la fois à son rang au sein de l’Ordre, au prestige de ses protecteurs, de ses hôtes de marque et de ses abbés, à l’importance de sa communauté et de ses possessions, et à la richesse patrimoniale de sa bibliothèque et de son architecture. En revanche, elle est dotée d'une filiation relativement modeste.
Fermée à la Révolution française, elle est en partie détruite ; elle conserve néanmoins la plus grande église cistercienne du monde, consacrée depuis 1941 cathédrale de la Mission de France.
C’est le 30 ou 31 mai 1114 que, sous la direction d’Hugues de Mâcon, un groupe de moines, envoyé par Étienne Harding à la demande d’un prêtre d’Auxerre, vint s’installer à Pontigny4. Il créait ainsi la seconde des « quatre premières filles » de Cîteaux qui ont un rôle particulier de contrôle dans l’organisation de l’Ordre. Première abbaye cistercienne à s’éloigner notablement de son « abbaye-mère », Pontigny, dans la vallée du Serein, se trouvait dans le diocèse d’Auxerre, en limite de ceux de Sens et de Langres, et non loin de celui de Troyes ; d’un point de vue politique, l’endroit était du comté de Tonnerre, en lisière de celui d’Auxerre (tous deux tenus à l’époque par le comte de Nevers), et tout proche des possessions du comte de Champagne : cette position en zone frontière est à l’origine de la légende qui voulait que, sur le pont de Pontigny, trois évêques, trois comtes et un abbé puissent se rencontrer sans quitter leur territoire5. Plutôt que d’un pont qui n’est pas attesté dans les textes avant le xiiie siècle, le nom de Pontigny, de formation gallo-romaine (Pontiniacum), provient sans doute du nom d’un certain Pontinius auquel un suffixe locatif (-iacum) a été ajouté.
Le développement rapide et considérable de l’abbaye de Pontigny, surtout pendant ses deux premiers siècles d’existence, est facilité par le soutien de personnages importants, aussi bien laïques qu’ecclésiastiques.
Ainsi, dès 1131, le roi Louis VI le Gros, pour la rémission de ses péchés, accorde aux moines de Pontigny l'exemption entière de toute taxe pour les marchandises qui passeront sur ses terresGarr. 1,7. Ce don sera confirmé par Louis VIIGarr. 2 qui accordera aussi, en 1139, un droit de pâturage dans ses bois de la forêt d’OtheGarr. 3, et confirmera l’ensemble des biens de l’abbaye en 1177Garr. 4.
En 1181, Philippe Auguste prit Pontigny et tous ses biens sous sa protection, confirma un don de la comtesse Mathilde de NeversGarr. 5,Garr. 6 et, trente ans plus tard, un accord conclu avec Blanche, comtesse de Champagne8 ; il prit aussi sous sa protection l’ensemble de la filiation de Pontigny avec celle de Clairvaux en 12219. On ne sait s’il fut présent à Pontigny lors de l’inhumation de sa mère, Adèle de Champagne, en 120610.
Louis IX accorda, en 1242, un vidimus de l’acte d’association entre Pontigny et Erard de Brienne11 et, en 1248 renouvela les privilèges de son grand-pèreGarr. 7. Il était venu à Pontigny l’année précédente, à l’occasion de la canonisation de saint Edme d’Abingdon 12. Philippe III amortir une rente à Malay-le-Vicomte en 127813.
Philippe IV le Bel vidime la vente à Pontigny par Jeanne, comtesse l’Alençon, d’une rente de cents livres, en 128714, approuve, en 1289, le droit de garde sur l’abbaye par Marguerite, reine de Sicile et comtesse de Tonnerre15, confirme en 1294 l’acquisition de la moitié des villages de Montigny, de Merry et de Souilly16, confirme les acquisitions de l’abbaye en 129517, confirme les droits des religieux en 130418.
Louis X vidime un accord entre les cisterciens et les habitants de Sormery en 131516. Charles IV confirme au duc de Bourgogne, en tant que comte de Tonnerre, le droit de garde de l’abbaye19, ainsi que d’autres actes de ses prédécesseurs, passant à Pontigny en août 132220.
Philippe VI facilite le paiement d’une rente par un acte daté de 1349, à Pontigny, le roi et les princes ayant quitté Paris à cause de la grande peste, ce qui sera confirmé par Jean II en 135121. En 1380, Charles V concède l’amortissement gratuit d’une rente de 60 livres accordée par Amédée de Joinville21. Charles VI, en 1405, accorde une autre amortissement gratuit21, confirmé en 1447 par son fils Charles VII17.
Entre 1477 et 1482, Louis XI, venu plusieurs fois en pèlerinage dans l’abbaye, fait don d’une rente de 1200 livres, assise à Troyes, Chablis, Château-Thierry, Provins et Châtillon-sur-Marne22.
François II, Henri III et Henri IV s’impliqueront pour leur part dans la nomination des abbés commendataires de la seconde moitié du xvie siècle

De passage à Rouen, en mai 1131, Henri Ier imita Louis VI de France en exemptant de taxes les marchandises des moines passant sur ses terresGarr. 8. Entre 1154 et 1157, Henri II renouvela le mandement de son père, en présence de son chancelier Thomas BecketGarr. 9. En 1251, Henri III accorde une rente de vingt marcs esterlins pour faire brûler en permanence quatre cierges autour du tombeau de saint Edme, récemment canonisé24 et, venu à Pontigny en 1254, il y offre des dons importants25. À l’occasion de la paix conclu entre l’Angleterre et la France, Edouard III, en 1361, lève le séquestre sur la rente de son prédécesseur26. En 1395 encore, Richard II rappelle qu’elle doit être versée malgré la guerre.
L’aristocratie comtale fait aussi partie des bienfaiteurs importants de Pontigny, en tête desquels il faut placer les comtes de Nevers-Auxerre-Tonnerre : la notice de fondation de l’abbayeGarr. 10 mentionne ainsi, dès les origines de l’abbaye, le soutien de Guillaume II de Nevers, présent également lors de plusieurs des toutes premières donations27. À partir des années 1150, ses héritiers furent aussi des bienfaiteurs de l’abbaye, en particulier grâce à des échangesGarr. 11 et à des dons de boisGarr. 12,Garr. 13. Le comte de Nevers Hervé IV de Donzy choisit même le monatère comme lieu de sa sépulture en 122228. Au milieu du xiiie siècle, l’abbé de Pontigny reconnaissait que les comtes de Nevers, comme fondateurs de l’abbaye, devaient en être aussi les gardiens29.
C’est donc bien une tradition fautive qui donne comme fondateurs à Pontigny les comtes de Champagne, et plus précisément Thibaud II le Grand, qu’il s’agisse de l’implantation du monastère – Thibaud n’entra en fonction que dix ans plus tard – ou de sa construction30 : les archives de l’abbaye ne montrent qu’un intérêt limité du comte qui, contrairement à l’affirmation transmise par Vincent de Beauvais31, n’a pas été inhumé à Pontigny32. C’est avec ses enfants que semble se dessiner un intérêt un peu plus marqué pour la seconde fille de Cîteaux, Henri le Libéral accordant six actes pour Pontigny33, et Adèle, troisième épouse de Louis VII, choisissant l’abbaye comme lieu de sépulture, sans aucun acte particulier de donation qui soit connu34.
Il convient d’ajouter aux bienfaiteurs de rang comtal les titulaires des comtés de Bar-sur-Seine, au milieu du xiie siècleGarr. 14,Garr. 15,Garr. 16,Garr. 17, ceux de Joigny, à partir des années 1180Garr. 18,Garr. 19,Garr. 20 et, de manière plus anecdotique, un comte d’EvreuxGarr. 21 ou un comte de Flandre

Grâce aux solides protections de l’aristocratie comme des évêques, et tout autant, sinon davantage, aux donations de petits seigneurs locaux conservées dans des chartes originales ou copiées dans les cartulaires de l’abbaye, il est possible de suivre avec précision l’implantation territoriale du monastère aux xiie et xiiie siècles. Le temporel du monastère se constitua peu à peu autour de l’abbaye, avec des extensions en forêt d’Othe au nord et sur le plateau du Tonnerrois au sudGarr. 68. Dès 1138 apparaît une organisation autour de centres d’exploitation agricole qui structurent peu à peu l’ensemble des possessions cisterciennesGarr. 69. Une douzaine de granges, gérées par les frères convers, sont ainsi mentionnées dans la documentation médiévale, ainsi que plusieurs celliers et des maisons de ville48.
Champs, prés et forêts constituent l’essentiel des dons des premières décennies, auxquels s’ajoutent, à la fin du xiie siècle, des terres viticoles, tout particulièrement à Chablis49. Des échanges permettent aux moines de mieux structurer leurs propriétés et, dans le courant du xiiie siècle, quelques achats achèvent de donner aux domaines une forte cohérence géographique.

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