Bibracte n'est
pas sur les cartes mais pour le localiser il se trouve à la limite entre les
départements de la Nièvre et de la Saône-et -Loire, à cheval sur les deux
communes de Saint-Léger-sous-Beuvray et de Glux-en-Glenne.
L'endroit au
cours des siècles, a fait rêver. Parce qu'il y avait eu jadis des ouvriers
travaillant les métaux et que la tradition orale ne l'avait jamais oublié, on
disait que le Beuvray recelait un trésor, et qu'il était gardé par un animal
fabuleux appelé la Wuiwre.
La Wuiwre est
en fait une belle jeune femme aux cheveux très noirs relevés en couronne, et
sur lesquels est posée une torsade en argent figurant un mince serpent. Sur son
front, une escarboucle, un rubis étincelant.
La Wuiwre
veillait sur ce trésor enfoui dans les entrailles de la terre. La caverne était
fermée par une grosse pierre. Celle-ci ne se déplaçait que dans la nuit de
Noël. On pouvait alors pénétrer, contempler le trésor, et même prendre dans ses
mains quelques pièces ou quelques bijoux ? sans pour autant avoir le droit de
rien emporter.
Une brave
veuve qui habitait dans un village des environs décida de monter au Beuvray
avec son petit garçon au cours de la sainte nuit.
Le petit
garçon avait été bien sage pendant toute l'année, il avait aidé sa maman du
mieux qu'il avait pu, il avait gardé les deux chèvres pendant qu'elle faisait
les gros travaux à la maison et dans le champ, et ce voyage, c'était sa
récompense.
-Tu vas voir,
lui disait-elle pendant qu'ils montaient l'abrupte côte, tu vas voir de belles
choses.
En même
temps, elle pensait qu'elle pourrait emporter éventuellement quelques pièces ou
bijoux. Oh ! pas beaucoup, deux ou trois pièces, quatre peut-être, et
trois ou quatre bijoux, cinq peut-être, mais pas davantage : elle ne
commettrait, après tout, qu'un tout petit larcin.
Lorsque, un
peu essoufflés, ils parvinrent au sommet du mont, ils cherchèrent la grosse
pierre. La nuit était noire, et ils ne voyaient rien. Ils restèrent quelques
minutes à essayer de percer l'obscurité, mais en vain. Un grand silence pesait
sur la montagne, et le petit garçon n'était pas très rassuré.
Soudain, non
loin d'eux, un léger sifflement se fit entendre : c'était la Wuiwre qui
ordonnait à la pierre de se déplacer. Un rayon lumineux, léger comme un feu follet,
sautillait sur le sol, allait sur la pierre mouvante, et pénétrait même dans la
cavité qui venait de s'ouvrir, faisant scintiller les bijoux amoncelés. Le
rayon bougea encore et se posa une seconde sur la maman et, un peu plus
longtemps, sur le petit garçon. Celui-ci ressentit une curieuse impression de
bien-être, au point qu'il aurait aimé qu 'elle ne cesse jamais, que cela
dure jusqu'à la fin des temps.
Mais la
Wuiwre avait autre chose à faire que de caresser que les cheveux et le visage
d'un petit garçon. La nuit de Noël était la seule de l'année où elle pouvait
abandonner son poste de gardienne, et elle en profitait pour aller faire le
sabbat plus loin, dans d'autres montagnes : elle y rejoignait un troll, ou
un lutin, ou un djinn, ou un farfadet.
Le garçon
s'envola donc, et la Wuiwre également. Le petit garçon pénétra dans la caverne,
et sa maman derrière lui.
La lune
venait juste de se dégager des nuages qui la cachaient, et sa clarté permettait
de voir, presque comme en plein jour, ce qui se trouvait dans cette
caverne : des pièces d'or et d'argent, et puis des bijoux, des pierreries,
des bagues, des colliers, des bracelets, des broches, des boucles d'oreilles.
L'enfant
regardait, touchait, tournait et retournait toutes ces belles choses, et s'en
amusait sans se lasser. La mère, qui avait vu partir la Wuiwre , emplit de
bijoux les deux poches de son tablier. Elle pensait pouvoir les écouler un à
un. Pas au même endroit, cela aurait paru suspect : elle irait un jour à
Autun, un autre jour à Château-Chinon, une troisième fois à Luzy, et elle se
débrouillerait avec les changeurs.
Toute la
nuit, ils demeurèrent dans l'antre aux merveilles. Le petit garçon ne cessait
de jouer : il mettait une dizaine de pièces en tas, puis détruisait ce tas
d'une pichenette. Il prenait un collier, essayait de compter le nombre de
perles, se trompait, recommençait, se trompait encore, et reposait le collier
pour prendre une bague, deux bagues, et davantage encore, qu'il mettait à tous
ses doigts, mais qui tombaient et qu'il ne ramassait pas.
La maman
était sortie de la caverne. Dans le ciel, la lune avait changé de place et, du
côté de l'est, un frémissement annonçait l'aube proche. La Wuiwre n'allait pas
tarder à revenir et à refermer l'entrée.
-Sors !
Sors vite ! La fête est finie !
Mais l'enfant
continuait de jouer et il n'obéissait pas.
Un
sifflement : la Wuiwre était de retour.
-Vite !
Vite ! Sors !
Le sifflement
se continuait, et la grosse pierre commençait à bouger.
L'enfant
finit par s'arracher à ses jeux et s'apprêta à sortir de la caverne, mais la
pierre en avait déjà bouché l'issue et il se trouva enfermé.
La mère cria,
pria, pleura. Rien n'y fit, son petit était prisonnier de la montagne,
prisonnier du trésor de Bibracte, prisonnier de la Wuiwre.
Le jour était
maintenant venu, et la mère s'aperçut que les pièces et les bijoux qu'elle
avait mis dans son tablier étaient devenus de simples cailloux . Elle les
laissa sur place, à l'entrée.
Elle pleura
encore, beaucoup moins sur la disparition de ces richesses que sur celle de son
enfant.
Pendant les
douze mois qui suivirent, elle remonta chaque jour au Beuvray, quel fût le
temps. Elle essayait de déplacer la pierre, de pénétrer à l'intérieur,
d'appeler, de voir ce qui s'y passait ? sans résultat. La Wuiwre demeurait intraitable.
Enfin, Noël
revint, et elle retourna encore au sommet du mont. Elle vit briller
l'escarboucle de la Wuiwre. Quand le rayon se posa sur elle, elle connut à
nouveau la douceur et le bien-être. Le rayon repartit, revint sur elle, la
caressa longuement. Puis un sifflement se fit entendre, la grosse pierre bougea
et dégagea l'entrée de la caverne.
Elle poussa
un cri de joie ; et son petit garçon était là, qui jouait. Tout joyeux, il
embrassa sa maman qui le trouva plutôt grandi.
Il prit sa
main et, sans attendre la fin de la nuit, il descendirent lentement jusqu'à
leur maison. Les poches du tablier de la mère étaient gonflés. Les cailloux
laissés à l'entrée l'année précédente étaient redevenus des bijoux, et elle
était autorisée à les emporter. La Wuiwre avait pardonné.
Extrait de Contes et Légendes de Bourgogne , Henri Nicolas


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